Lentement

J’aimerais vous raconter une histoire qui, depuis qu’elle m’est arrivée, m’inspire encore tous les jours.

Cet été, je sortais dans mon jardin pour prendre l’air, me promener un peu. Nous avons un bassin chez nous et j’ai vite remarqué ce papillon jaune qui était en train de se noyer. Il était à plat dans l’eau, je ne savais même pas s’il était toujours vivant. Je me suis dépêchée, j’ai pris un bâton et l’ai récupéré dans l’eau. Il bougeait encore.

Je le protégeai du vent fort et le plaçai au soleil pour qu’il puisse sécher, et alors il n’a plus bougé. Il ne s’agitait pas dans tous les sens, il ne bougeait pas plus ses ailes fragilisées pour les faire sécher, il ne s’envolait pas loin de moi… Tout ce qu’il faisait, c’était prendre du temps pour guérir. Un papillon n’a pas une grande espérance de vie et pourtant, même en ne sachant pas combien de temps il lui restait à vivre (une journée ou moins), il ne bougeait pas. Il guérissait.

Combien de fois nous précipitons-nous ? Combien de fois cherchons-nous à guérir au plus vite et en plus de cela, culpabilisons car nous sommes encore dans la même situation ? Je ne parle pas seulement de la guérison du corps, mais aussi de la guérison de notre esprit. Prenons-vous vraiment le temps de nous reposer, de reprendre nos forces ? Mais plus que tout, acceptons-nous d’avancer lentement ?

Vous savez combien de temps je suis restée assise avec ce papillon, qui ne bougeait pas ? 20 minutes. Dans la vie d’un papillon, c’est énorme. Et pourtant, il n’y a rien de plus naturel et il n’y a rien qui comptait plus sur l’instant que de se remettre en forme.

Vivant avec de l’anxiété, j’ai souvent culpabilisé de ne pas m’en sortir assez vite. Mais quand j’ai regardé ce papillon, prendre tout le temps dont il avait besoin, ça m’a fait réaliser combien nous sommes importantes. Il n’y a rien qui compte plus que notre guérison, que notre équilibre intérieur. Il n’y a rien qui compte plus que de se choisir.

Et cela amène une autre question que j’ai pour vous. Si vous passez votre journée à prendre soin de vous, à vous observer, à changer vos comportements, à évoluer, considérez-vous cette journée comme une perte de temps ? Arrivez-vous à assumer ce temps que vous prenez pour vous et pas pour les autres ? Je sais à quel point c’est difficile, mais qu’y a-t-il de plus important que de retrouver son équilibre pour pouvoir avancer avec toute notre vitalité, avec tout notre cœur ?

Nous ne devrions pas occulter ce besoin de nous occuper de nous, tout comme nous ne devrions pas ignorer notre propre rythme. Cela fait des années que je guéris mon anxiété, elle est toujours là, mais elle est différente aujourd’hui. Et chaque journée que j’ai passée à guérir, à m’accepter, à m’apporter tout l’amour et l’attention dont j’avais besoin était importante. Chacune de ses journées m’a amené ici, aujourd’hui. Et je ne regrette pas d’avoir pris ce temps, d’avoir ignoré les jugements qui pensaient que je ne faisais rien pour guérir.

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Car la guérison qui comptait pour moi, elle était à l’intérieur. Peu importe si on donne l’impression de faire du surplace, tant que nous savons au plus profond de notre être que nous avançons. Chaque petit pas, chaque mini pas m’a aidé à devenir la personne que je suis aujourd’hui. Et la lenteur de ma marche, au bout du compte, m’a apporté plus que si je m’étais forcée à guérir au plus vite. Et vous savez pourquoi ? Parce que lors de ce cheminement intérieur, à chaque petit pas, c’était un regard bienveillant de plus que je portais à mon égard. Parce que je croyais en ma guérison, même si elle était lointaine.

Il ne s’agit pas de changer au plus vite pour être guérie, il s’agit de s’accompagner sur le chemin de la guérison. Et ce qui compte, c’est la façon dont vous vivez maintenant avec vous-mêmes. La façon dont vous vous traitez, car vous vivez dans le présent. Nous avons beau nous projeter, espérant un jour où notre état se sera amélioré, nous vivons maintenant. Et qu’est-ce que nous offrons à notre corps, à notre cœur et notre esprit si nous cherchons à nous précipiter, si nous culpabilisons de ne pas faire assez ? Encore plus d’ignorance, encore plus de mal-être.

Si nous sommes dans cette situation, dans cet état, c’est principalement parce que nous nous sommes ignorées, parce que nous avons oublié de nous donner de l’amour et de l’attention. Parce que nous n’avons pas été assez bienveillantes envers nous-mêmes. Alors, continuer d’être contre tout cela, continuer de se forcer ne peut que perpétuer cette situation.

Si nous voulons vraiment guérir les parts de notre être qui sont malades, en insécurité, bloquées, nous devons être bienveillantes envers nous-mêmes maintenant. Le temps que nous prenons pour nous compte tellement plus que le reste, plus que nos obligations, que nos activités, que les jugements… Si nous réussissons aujourd’hui à nous occuper de nous un petit peu chaque jour, de nous choisir pendant quelques minutes au milieu de ces journées folles, alors on s’offre une réelle chance de guérison.

Ce magnifique papillon jaune, au bout de vingt minutes, a décollé ses ailes l’une de l’autre puis s’est élancé dans les airs, voltigeant pendant quelques secondes autour de moi avant de partir, plein d’élan vers la suite de sa vie. Et ce qu’il m’a offert, en se reposant sur moi, m’accompagne encore chaque jour lorsque je culpabilise de prendre du temps, d’avancer lentement. Parce que cette histoire me rappelle que notre état présent est ce qui compte et que notre guérison ne devrait pas passer en dernier.

J’espère que cette histoire aura pu vous éclairer et vous aider, ne serait-ce qu’à comprendre que vous avez le droit de prendre soin de vous. Vous n’avez même pas besoin de vous cacher, ni même d’avoir honte d’avancer lentement.

C’est plus que nécessaire pour votre bien-être.

Caroline

 


Photo : Drew Colins sur Unsplash

En apprentissage

Pourquoi ne sommes-nous pas fières de nous ? L’une des réponses les plus évidentes est que personne ne nous a dit que nous pouvions l’être. Personne ne nous a autorisé non plus. Pire que tout, nous n’osons pas être fières de nous, parce que ça peut être pris pour de la vantardise. Nous avons donc toutes les raisons de ne pas l’être.

Pourquoi nous comparons-nous aux autres ? Pourquoi ressentons-nous le besoin de prendre une autre vie en exemple ? On pourrait répondre à cela en disant que c’est parce que nous sommes mises en compétition, depuis toutes petites, à l’école. Nous sommes notées sur nos savoirs et nos capacités, et on va constamment regarder ceux qui réussissent mieux que nous. En se demandant pourquoi on ne réussit pas autant que les autres.

Peu importe le domaine où nous nous sentons incapables, pas assez douées, en retard… je peux vous dire aujourd’hui que ces deux questions ont également une réponse en commun. Une réponse qui nous explique pourquoi nous ne nous sentons pas accomplies, pourquoi nous avons l’impression de patiner sur place, pourquoi nous ne sommes pas toujours fières de nous.

Et cette réponse, c’est parce que depuis toutes petites, personne ne nous a appris qu’en étant adulte, on apprenait encore.

On a toujours eu cet objectif bien en face de nous : choisis ce que tu veux être, trouve quoi faire de ta vie, trouve quelqu’un pour fonder une famille… Comme si, à partir d’un certain âge, nous devions être accomplies. Que nous aurions enfin entre nos mains la sensation d’être une vraie adulte. Mais la vérité, c’est qu’il n’y a pas plus d’adultes qu’il n’y a d’enfants, il n’y a que des âmes incarnées qui vivent un chemin d’apprentissage. Et cet apprentissage ne se termine pas à l’âge adulte.

Quand on atteint finalement un âge plus avancé, qu’on ne réussit pas autant qu’on se l’était imaginé, on va avoir le réflexe de s’en prendre à nous-mêmes, parce que nous n’avons pas été assez bonnes pour réussir. Mais d’une : même à 100 ans on apprend encore, on peut encore faire des erreurs ; et de deux : la réussite d’une vie ne se détermine pas à travers nos réussites, mais au travers des leçons que nous retirons de toutes ces expériences.

Qu’est-ce que la vie nous a appris ? Qu’est-ce que nous avons en nous ? Qui sommes-nous ? Si nous sommes en chemin, si nous continuons d’apprendre, si nous acceptons les expériences de la vie, alors nous sommes quelqu’un « d’accompli ». Car cet accomplissement est loin, très loin de se résumer à nos réussites.

Quand nous nous comparons aux autres, nous demandant pourquoi nous ne réussissons pas autant, c’est parce que nous nous focalisons que sur ce qu’ils ont. Mais si on regarde du côté de leurs apprentissages, ils ont tout autant à apprendre que nous. Ils n’ont peut-être pas les mêmes pièces du puzzle, mais ils ont encore des trous dans l’image !

Pourquoi n’arrivons-nous pas à être fières de nous ? Comment le pourrions-nous, alors que nous apprenons encore ? Si nous avions su, depuis toutes petites, que nous continuerons d’apprendre tout au long de notre vie, que nous ferions encore des tas d’erreurs, on ne les regarderait plus de la même façon. Parce qu’en ayant appris à ne valoriser que les réussites, que les bonnes notes, on ne se valorise pas dans l’échec. Et qu’est-ce que l’échec prouve dans notre vie ? Il prouve que nous sommes en mouvement. Il prouve que nous sommes encore en train d’apprendre. Mais comment pouvons-nous être fières et heureuses de cela si, dans notre cœur et dans notre tête, être en apprentissage veut dire de nous que nous ne sommes toujours pas plus accomplies et qu’on ne le sera jamais.

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Il n’y a pas d’objectif final, pas plus que nous devons être parfaites. À aucun moment être adulte, c’est avoir appris tout ce qu’il fallait et vivre sa vie. Vivre, c’est apprendre. Ça ne peut être autrement. Et notre seule erreur, la seule que nous commettons encore et dont nous n’avons pas appris la leçon, c’est de continuer à montrer aux futures générations que nous n’apprenons plus. En voulant leur cacher nos émotions, pour éviter de leur faire du mal, en essayant de tout gérer, sans demander de l’aide, en essayant d’être des Wonder Woman, on continue de leur montrer un idéal.

Tout ce que nous pouvons leur offrir, et nous offrir à nous toutes, c’est qu’être en apprentissage est la chose la plus naturelle qui soit et que c’est quelque chose qui nous suivra toute notre vie. Mais plus que tout, c’est quelque chose que nous choisissons.

Choisissons d’apprendre, de faire des erreurs, car tout cela nous prouvera que nous sommes en mouvement, que nous pouvons nous améliorer. Et cet apprentissage, choisissons d’en êtres fières. Abandonnons cette image de perfection, de contrôle, d’accomplissement, de réussite. Soyons fières de nous complètement, parce que nous avons toutes les bonnes raisons de l’être. Nous ne sommes plus les mêmes qu’autrefois, nous faisons de notre mieux pour vivre une vie plus saine et plus en accord avec nous-mêmes. Et mieux encore, nous vivons cet apprentissage à notre rythme !

Il n’y a pas de ligne d’arrivée. Parce que lorsqu’une vie se termine, notre âme n’a qu’une seule envie : choisir de nouvelles expériences et de nouveaux apprentissages pour sa prochaine incarnation. Notre âme aime apprendre plus que tout, son but premier est l’évolution. Mais l’évolution n’a pas de fin. L’évolution continue même dans l’au-delà. Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’incarner cette évolution sur cette Terre, dans ce corps humain. Continuer de transformer la matière et d’éclairer nos ombres de notre propre lumière.

Alors, il est temps. Il est temps de comprendre que la véritable vie se trouve dans l’instant, et non pas quand nous aurons une maison, une famille, un travail, pas plus que ce sera quand nous aurons atteint un éveil spirituel. C’est une illusion de croire que certains ont arrêté d’apprendre. Et c’est une illusion de croire que certains ont plus appris que vous. Nous avons tous à apprendre les uns des autres. Tous.

Aujourd’hui, l’instant présent est le bien le plus précieux que vous puissiez avoir, puisqu’il vous permet d’être conscientes pleinement des apprentissages qui s’offrent à vous. Et c’est en étant conscientes de ces leçons de vie que nous pouvons nous transformer à l’intérieur et devenir un peu plus nous-mêmes.

Soyons fières de nous. Soyons fières d’être encore en apprentissage. Si nous commençons dès à présent, nous pourrons vivre notre vie plus sereinement, sans avoir à courir après cet idéal. Car nous sommes justement venues pour apprendre. Et si aujourd’hui, nous apprenons à chérir cet apprentissage, alors nous porterons un regard plus bienveillant sur nous-mêmes.

Et, je pense que nous en avons plus que besoin.

Caroline

 


Photo : Drew Colins sur Unsplash